Fanny Viry est coordinatrice de la pépinière d’Anciela et co-fondatrice de l’Institut Transitions lancé en avril 2020 pour former et accompagner les personnes qui souhaitent évoluer dans leur vie professionnelle pour mettre leur énergie et leurs compétences au service de la transition écologique et solidaire de la société. Pour mieux comprendre ce qui suscite cette envie de changement et ce qui permet aux personnes d’avancer, Fanny  a coordonné un projet de recherche. Elle nous raconte. 

 

De plus en plus de personnes évoluent professionnellement pour mettre leur temps et leurs compétences au service de la transition. Qui sont-elles  ?

Ce sont des ingénieurs, architectes, chargés de communication, travailleurs sociaux, salariés du privé comme du public… Après 3 ans, comme après 20 ans de vie professionnelle ! Cette envie de changement touche une grande diversité de personnes, de plus en plus conscientes des défis que notre société doit relever. Le point commun entre beaucoup d’entre elles, c’est le sentiment de ne pas avoir eu l’occasion de se questionner plus tôt sur le sens de leur métier et de n’avoir pas réellement choisi leur parcours. Beaucoup évoquent leur impression d’être entrées, au moment des études, dans un tunnel dont il n’était plus possible de sortir. 

Et comment émerge cette envie de changement ? 

L’envie d’évoluer professionnellement est très liée au chemin de vie des personnes. Certaines vivent des expériences professionnelles qui suscitent une envie de voir autre chose, voire un rejet : parce que leur atmosphère de travail est peu épanouissante, parce qu’ils ont le sentiment que leur activité n’est pas au service de l’intérêt général ou même lui est nuisible, ou bien lorsqu’ils ont l’impression d’avoir fait le tour de ce qu’il y a à apprendre et à découvrir… Pour d’autres, la prise de conscience vient de leur vie personnelle. L’arrivée des enfants est souvent un vrai déclic : ils se demandent quel monde ils souhaitent leur transmettre.
De ces expériences émerge une quête de sens, d’utilité et de découverte dans laquelle les personnes puisent leur énergie pour se mettre en chemin. 

Est-ce que c’est facile pour elles de changer de métier ? 

Non, ce n’est pas facile et c’est un processus au long cours. Car si les personnes savent ce qu’elles souhaitent quitter, elles n’ont pas encore défini ce qu’elles souhaitent trouver. C’est comme chercher à avancer quand il n’y a pas de destination définie : on ressent de l’inconfort, voire de l’angoisse ! 

Il faut pourtant réussir à poser des premiers pas pour que l’horizon s’esquisse peu à peu. Et même si elles sont de plus en plus nombreuses à éprouver cette envie de changement, les personnes ressentent souvent une grande solitude, parce qu’il n’est pas toujours possible de partager ses questionnements et ses doutes avec son entourage et parce qu’on est fondamentalement seul face aux grands choix de nos vies. Enfin, pour évoluer professionnellement, il faut savoir qu’il existe d’autres métiers, d’autres secteurs, d’autres manières de travailler, et réussir à les comprendre. 

Qu’est-ce qui permet d’avancer malgré ces difficultés ?

C’est justement la question que nous avons posée à des personnes qui ont déjà évolué professionnellement. On s’est rendu compte qu’une partie d’entre elles restent en activité, au moins pour un temps, et cherchent à avancer en parallèle pour concrétiser leur envie de changement. Elles s’informent au travers de formations en ligne et de conférences, expérimentent ou cherchent à se sentir utiles en devenant bénévoles. Beaucoup ressentent à un moment donné le besoin de prendre un vrai temps, souvent de plusieurs mois, dédié à leur transition. Une belle occasion d’accélérer les découvertes et de laisser autre chose émerger ! Elles quittent leur travail et partent en voyage, montent une initiative ou reprennent des études, autant d’options qui les aident à se poser, à s’inspirer, à expérimenter et donc à préciser les destinations possibles. Donner une « forme » à ce temps de transition aide à avancer et a l’avantage d’être plus compréhensible par l’entourage.

Le regard des proches est déterminant ?

En effet ! Les proches peuvent être de réels soutiens, mais ils peuvent aussi exacerber nos inquiétudes. Il arrive aussi qu’ils ne comprennent pas et acceptent mal ces remises en cause, peut-être parce qu’elles viennent questionner leurs propres choix de vie. On a remarqué que cette tendance est surtout présente au début du processus de transition. Une fois que la personne a avancé, elle est souvent valorisée par son entourage. Elle devient une personne inspirante qui ouvre de nouvelles perspectives aux autres !

C’est donc pour ça que l’Institut a été créé, pour aider les personnes à traverser cette période ? 

Tout à fait. À Anciela, nous rencontrons de plus en plus de personnes concernées. C’est pour cela que nous nous sommes lancés en créant l’Institut Transitions ! Notre idée, c’est d’accompagner et de former tous ceux et toutes celles qui en ont besoin. Pour cela, pas de prérequis : nous sommes convaincus que tout le monde a quelque chose à apporter. Seule importe  d’avoir une réelle envie de contribuer à la transition écologique et solidaire de notre société. 

Si quelqu’un vient à l’Institut aujourd’hui avec l’envie de changer, qu’est ce qu’on lui propose ?

Nous avons imaginé différents programmes qui correspondent à des envies et à des profils différents.
Le programme « Nouvelles Voies » s’adresse plus particulièrement aux personnes qui ont envie d’évoluer significativement dans leur travail. Nous leur proposons un programme de formation et d’accompagnement d’un an avec un mémoire de recherche pour creuser un sujet qui les passionne, 200 heures de cours pour les aider à se constituer une vision des défis actuels et renforcer leurs compétences, des missions de terrain pour expérimenter, être utiles et se créer des opportunités, et enfin un accompagnement dans leur parcours d’insertion professionnelle.
Le programme « Inspirations » proposera une diversité de cours à la carte pour plonger dans l’un des nombreux défis des transitions écologique et solidaire. Agriculture urbaine, économie sociale et solidaire, justice sociale : il y en aura pour tous les goûts !
Et enfin, « Nouveaux métiers » proposera des formations courtes pour s’initier à un métier en transition, comme cuisinier, jardinier ou épicier, afin de découvrir d’autres manières de les pratiquer et évaluer leur envie de se lancer.
En parallèle de ces programmes, notre Institut propose un accompagnement inconditionnel à toutes les personnes en questionnement pour les aider à faire leurs premiers pas !

Pour finir, pourrais-tu donner un conseil à quelqu’un qui se demande comment avancer dans sa transition professionnelle ? 

D’abord, il peut se poser deux questions : de quelles ressources ai-je besoin pour avancer dans ma réflexion, c’est-à-dire qu’est-ce que j’ai besoin de nourrir en moi ? On peut avoir besoin de se (re)découvrir, de rencontrer du monde, d’expérimenter… Ensuite, quelles sont les conditions qui me permettraient d’avancer ?  Par exemple, est-ce que j’ai besoin de me dégager du temps  ? Ensuite, je lui dirais de parler autour de lui de son envie de transition car cela permet souvent d’avancer. Cela lui réservera sûrement des surprises avec des retours inattendus !

Pauline Veillerot

Photo :  La Bergerie Urbaine

Cet article est initialement paru dans la rubrique Défit du mois du numéro 25 du Magazine Agir à Lyon et ses alentours, en juin 2020. Le Magazine Agir à Lyon et ses alentours est un mensuel papier de 52 pages disponible sur abonnement.

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